28 juin 2007
Le Hérault du Shadock-cabinet
Je pompe donc je suis.
Jean-Marc Ayrault a créé son contre-gouvernement. Il récuse l'idée d'un "shadow-cabinet". Contre-gouvernement, c'est mieux. Parce qu'il y a gouvernement dedans, et comme ça, les partisans de Ségolène Royal, qui n'a pas remporté de victoire mais une "non victoire", ne seront peut-être pas ministres mais au moins "contre-ministres". C'est logique, c'est la fête, et on a quand même un gouvernement socialiste même si on a perdu. Pour Jean-Marc Ayrault, s'il n'y a pas de solutions aux problèmes, c'est qu'il n'y a pas de problème. Au PS, les shadocks sont parmi nous.
Alors oui, on me répliquera que dans ce gros jouet de communication, il y a des députés de valeurs (Alain Vidalies, Jean-Yves Le Bouillonec... qui continueront à faire un réel travail parlementaire), mais ceux qu'on met en valeur, ce sont ceux qui ne feront rien, mais qui font joli sur la photo, ceux qui font joli à la télévision, ceux qui permettent de dire: "regardez, on est comme l'UMP, on met des quadras (Arnaud Montebourg, Manuel Valls), on met des femmes jeunes (Aurélie Filipetti), on met des femmes "de couleur" (George Pau-Langevin, qui malheureusement pour le plan com' n'est pas issue de l'immigration)! On rénove bien au PS non?" Toujours philosophe, le hérault du shadock-cabinet pourrait dire, pour expliquer sa composition, que quand on ne sait pas où on va il faut y aller.... et le plus vite possible.
Depuis 20 ans, nous n'avons gagné que deux fois lors des élections nationales.
Mais restons shadocks: on n'est jamais aussi bien battus que par soi-même.
25 juin 2007
On ne change pas une équipe qui perd
Ca y est, c'est fait. Après François Hollande, qui a fait croire samedi qu'une large majorité pour un calendrier était un plébiscite sur son nom, voilà Jean-Marc Ayrault, l'exceptionnellement peu charismatique maire de Nantes (ses administrés eux-mêmes, d'après un reportage, ignorent qu'il est député), réélu président du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale.
78 voix au premier tour, 118 au second (ses adversaires, Philippe Martin, Jean Glavany et Arnaud Montebourg ayant jeté l'éponge), c'est une victoire nette et sans bavure. La victoire de la médiocrité, alimenté à coup de magouilles de courants nauséabondes et délétères.
François Hollande et Jean-Marc Ayrault sont en poste depuis 10 ans. Personnellement, en 1997, j'avais 15 ans. Eux sont toujours là.
Après tout, pourquoi le PS changerait-il de chefs? Depuis qu'ils sont en poste, nous avons perdu deux présidentielles et deux législatives, et nous avons été à la traîne de tous les mouvements sociaux qui ont eu lieu pendant la dernière mandature.
Mais attention, il ne s'agit pas de dire que Jean-Marc Ayrault incarne l'immobilisme ou la médiocrité! Il est "ségoléniste", et donc moderne. Assurément, on nous expliquera bientôt que son élection est un premier signe de rénovation.
Triste jour.
04 octobre 2006
Que Ségolène Royal soit ou non de droite, la censure existe toujours en France
Vendredi dernier, sur Zaela TV, est diffusée une interview posthume de Pierre Bourdieu, intitulée "Gauche/Droite". Disparu en 2002, le sociologue évoque ces hommes ou ses femmes politiques prétendument de gauche qui en fait sont de droite. Il cite un exemple, celui de Ségolène Royal, expliquant son point de vue.
Que n'a-t-il pas fait là! Bien-sûr, il ne pouvait savoir qu'en 2006, Ségolène Royal serait devenue une vache sacrée auquel nul ne peut toucher, dont nul ne peut remettre en question la ligne politique (qu'il est déjà bien difficle de connaître) et dont nul ne peut remettre en cause le statut (établi par ses partisans) de messie d'un socialisme ayant "levé tous les tabous".
Grâce à internet, l'extrait circule très vite, en particulier grâce au site Daily Motion, qui enregistre, pour cette seule video, 18 000 visionnages. Je fus de ces 18 000 visionnages. Hier. Mais aujourd'hui, surprise! Plus de video de Pierre Bourdieu et voilà ce qui s'afficha sur mon écran:

La censure a fait son grand retour, à la demande de Pierre Carles, l'auteur du documentaire. Après tout, c'est son droit. Mais là où l'on comprend le réel problème, c'est que Pierre Carles ne s'est pas opposé à ce que son document soit disponible en intégralité sur le site de Daily Motion! Ce qui pose problème, vraisemblablement, c'est que circule une vidéo ayant pour titre "Ségolène Royal est de droite", car personne ne peut remettre en cause le sérieux de Pierre Bourdieu, et personne ne peut l'accuser d'un parti-pris quelconque dans la désignation du candidat socialiste à l'inversiture présidentielle (à ma connaissance, pour l'instant, personne ne s'y est risqué).
Personnellement, je ne me permettrais pas de remettre en cause une analyse de Pierre Bourdieu. Je mets donc l'interview complète en ligne ici même.
Je me permets toutefois de vous signaler que le passage concernant Ségolène Royal commence à la huitième minute. Mais je vous conseille de regarder l'interview dans son entier: vous ne perdrez pas votre temps.
05 septembre 2006
Vingt-cinq ans
Nous sommes le 5 septembre 2006. Aujourd'hui, je fête mes vingt-cinq ans et j'ouvre ce blog.
Vingt-cinq ans. Il y a vingt-cinq ans, nous étions le 5 septembre 1981. Quelques mois plus tôt, le 10 mai, François Mitterand était élu président de la République française, premier président socialiste de la cinquième République.
Vingt cinq ans. Qu'en est-il aujourd'hui du parti socialiste, qui va tenter de donner un second président à notre République?
Il y a vingt cinq ans, le 3 juin, on augmentait le SMIC de 10%. Aujourd'hui, on nous explique que le SMIC à 1500 euros est une promesse de démagogue.
Il y a vingt cinq ans, le 18 décembre, était votée la grande loi de nationalisations. Aujourd'hui, le gouvernement cherche à privatiser un secteur aussi crucial que celui de l'énergie.
Il y a vingt cinq ans, le 30 septembre, on abolissait la peine de mort. Dans vingt cinq jours, on devrait fêter les vingt-cinq ans de cette abolition. J'espère.
Je regarde l'année de ma naissance et je me pose une question simple: comment en est-on arrivé là? Comme a-t-on pu passer d'une volonté de changer la vie, à celle d'un "désir d'avenir"? Comment a-t-on pu passer d'actions concrètes, à de simples "désirs", à de petites phrases qui masquent la vacuité des discours? Comment a-t-on pu passer des valeurs d'égalité sociale à une volonté de briser la carte scolaire, volonté qui amènerait la fin de l'école publique? Comment a-t-on pu passer des valeurs républicaines laïques à un maire socialiste qui renomme une place parisienne historique du nom d'un pape qui a les mains rouges du sang de millions de morts du SIDA?
Je ne sais pas comment nous sommes arrivés là. Mais je sais que ce n'est pas l'endroit où nous devions nous rendre. Pour revenir sur la bonne voie, il va y avoir du boulot. Mais ving-cinq ans, c'est jeune, non?